“Chiaroscuro : A Stikki Obsession”. La renaissance au service d’un “Street Art” différent.

La dernière exposition de l’artiste urbain Stikki Peaches se joue de la Renaissance.

“Chiaroscuro : A Stikki Obsession”.

La dernière exposition du Montréalais Stikki Peaches est un mélange de culture pop universelle typique de l’artiste et d’art classique tout droit sorti de la Renaissance.  Mais pour l’occasion, Stikki  nous a préparé  une rencontre inhabituelle. Coup d’oeil sur une exposition à saveur de difference.

” A Lute Player (Jimmy Hendrix) ” – Photo ©Nickie Robinson

C’est le 7 novembre dernier qu’a été dévoilé la toute nouvelle exposition de l’artiste d’art urbain Stikki Peaches. L’expo est présentée à la galerie Leroyer dans le Vieux_Montréal jusqu’au 21 novembre prochain.

Après plus de 3 mois de travail, l’artiste semble avoir décidé de ne pas se contenter de nous offrir l’habituel mais de nous surprendre.

« It’s different but still has a Stikki touch” – Stikki.

Première différence: le style

Au fils des ans,  que ce soit en galerie ou dans la rue, l’artiste nous a présenté généralement de grandes oeuvres très colorées sur fond blanc.

Stikki Affiche 2017 – Photo ©Nickie Robinson

Pow Wow Worcester 2018 – Photo ©Nickie Robinson

Sa dernière cuvée s’éloigne un peu de ce genre comme nous  le laissait prévoir le titre de l’expo. « Chiaroscuro » signifie clair-obscur et fait référence à la pratique artistique du même nom qui fut mis de l’avant par le peintre italien Michelangelo Merisi da Caravaggio, ou le Caravage. Cette pratique se distingue par des fonds noirs, des jeux d’ombres et l’utilisation de la densité de la lumière pour mettre en relief une scène ou un sujet central.

Les 18 œuvres exposées, inspirées de Caravaggio et d’autres peintres associés à cette pratique, sont donc toutes présentées sur fond noir . La juxtaposition des collages provenant des oeuvres originales et des icones pop familères à Stikki ainsi qu’un éclairage judicieux permettent l’illusion de la variation de luminosité.

« Sainte Catherine d’Alexandria » de Caravaggio prend ainsi les traits d’un célèbre mannequin  anglais dans l’œuvre « No saint Kate Moss ».

« No saint Kate Moss » – Stikki Peaches / Photo ©Nickie Robinson

Figure 1 Saint_Catherine_(Caravaggio)

« La Mise au tombeau (Entombment) » de Caravage, exposée au Vatican, devient « The One with Caravaggio (The Death of Friends) » mettant en scène les personnages principaux de la célèbre émission de télévision Friends.

« The One with Caravaggio (The Death of Friends) » – Photo ©Nickie Robinson

Figure 2. La mise au tombeau (Carravaggio)

Dans ces deux oeuvres, on remarque l’ajout d’éléments textiles sur la toile qui donne de la texture et une dimension à celles-ci.

Stikki avait déjà utilisé cette technique pour quelques-unes de ses œuvres de street art comme en témoigne cette affiche observée dans le quartier chinois de Montréal en 2016.

Stikki Peaches / Quartier chinois – Photo ©Nickie Robinson

L’apport d’éléments de relief (tissu, tissage, broderie etc.) est également observable sur plusieurs autres pièces.

« Fallen Hero (Goldorak) » – Photo ©Nickie Robinson

Figure 6 Saint Sebastian (Gerrit van
Honthorst)

« A pensive Bardot » – Photo ©Nickie Robinson

Deuxième différence: le message

Outre le nouveau style utillisé, l’artiste semble s’être amusé à conduire les spectateurs hors des sentiers qu’il emprunte ordinairement.  Les références politiques et sociales présentes dans certains tableaux sont nouvelles et surprenantes. Le choix des œuvres originales, des thèmes et l’attribution des personnages est fort intéressant et nous éloigne du paysage familier de Stikki  plutôt enveloppé de déclarations  personnelles.

Étonnante évolution puisqu’en 2016, lors d’une interview pour Ton Barbier [i] , l’artiste s’était dissocié de tout désir de vouloir faire de l’art engagé.

« Je ne suis pas assez intéressé par les affaires politiques ou religieuses pour faire de mon art un objet de débat. » – Stikki.

Avec “Chiaroscuro”, l’artiste ne semble plus rechercher uniquement une esthétique artistique mais  vouloir dire des choses. Il utilise son art comme le médium par lequel il montre du doigt quelque chose. L’actualité  y joue un rôle important et est mise en scène de façon très subtile.

Ainsi, prenons par exemple « Les tricheurs » de Caravaggio. Cette œuvre, souvent interprétée par les historiens de l’art comme une critique du vice, a servi d’inspiration pour « Spy Games ». On peut y voir l’un des personnages de la peinture originale, dissimulé sous un masque de Mickey, disputant une partie de cartes avec le président Poutine, déguisé en Dingo/Goofy, (personnage de second rôle chez Disney caractérisé par sa maladresse). Le président Trump, dissimulé sous un masque de Donald (canard grincheux et colérique chez Disney) observe la scène en faisant un doigt d’honneur.​

« Spy Games » – Photo ©Nickie Robinson

Figure 3. Les Tricheurs (Caravaggio)

Deux œuvres représentants des passages du livre de Judith (Ancien Testament) sont aussi assez révélatrices de la nouvelle direction qu’a pris l’artiste.

Ce livre raconte l’histoire de Judith (« Juive », en grec), une jeune veuve qui décapita Holopherne, soldat de Nabuchodonosor II, afin de sauver sa ville (aux portes d’Israël) de la menace des  assyriens.  L’assyrie de l’époque était un puissant empire contrôlant les territoires de plusieurs pays actuels, comme l’Irak, la Syrie, le Liban, la Turquie et l’Iran.

« Once upon a time in America » de Stikki s’appuit sur la toute première version de « Judith tranchant la tête d’Holopherne » par l’artiste Artemisia Gentileschi. Dans l’œuvre de Stikki,  Judith apparait sous les traits de Belle (La Belle et la Bête) et Holopherne sous les traits du président Trump.  Cette dernière substitution n’est pas anodine si prend en compte que Holopherne, dans le livre de Judith, représente l’agressivité du mâle et que, chez Dante, il est le symbole de l’orgueil.

“Once upon a time in America” – Photo ©Nickie Robinson

Figure 4 Judith tranchant la tête d”Holopherne (Artemisia Gentileschi)

« The Handout », inspiré de « Judith et sa servante » également d’Artemisia Gentileschi, représente Judith sous les traits de la jeune reine Élisabeth II avec sa servante, la princesse Diana, portant la tête d’Holopherne dans un panier. Contrairement à l’oeuvre originale, dans le tableau de Stikki, Judith ne regarde pas au loin mais directement le spectateur. Ici encore, Holopherne est représenté par Trump. La référence à la classe monarchique reine/princesse est également fort amusante quand on connait un peu l’histoire entourant Lady Diana et son mariage avec le Prince Charles qui fut présenté comme un conte de fée mais qui n’était qu’une mascade orchestrée par la Royauté britannique.

“The Handout ” – Photo ©Nickie Robinson

Figure 5 Judith et sa servante (Artemisia Gentileschi)

Le slogan utilisé par Stikki depuis ses tout débuts, “Et si l’art dominait le monde ?” prend maintenant une signification plus engagée  et semble passer des idées sans que celles-ci soient mises  en mots.

BATBOND by Stikki Peaches – Photo ©Nickie Robinson

À la base, cette expression suggérait que, si le monde était régi par l’art, peut-être serait-il différent.
Avec cette nouvelle exposition,  on a l’impression que l’expression se transforme en un message plus fort. Comme si l’oeuvre d’art devenait un instruments de pouvoir .

Grâce à l’utilisation de références symboliques très fortes, l’artiste met son art au service du  dialogue et l’utilise comme une invitation à porter une réflexion sur le monde qui nous entourent.

Assisterait-on à une forte volonté d’engagement de la part de l’artiste ?  L’avenir nous le démontrera surement….

Mots de la fin 

Stikki Peaches a récemment confié à La Presse[ii] « Je vis déjà mon rêve aujourd’hui, dit-il. Alors mon rêve est de continuer de rêver. »

Alors ne cesse pas de rêver Stikki car tu nous fais rêver aussi.

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En bonus, quelques-unes des œuvres exposées que je vous laisse analyser histoire de vous amuser.

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Pour suivre le travail de Stikki Peaches :  Facebook | instagram | Artsy


Références:

[i] http://www.tonbarbier.com/2016/11/28/stikki-peaches-rencontre-exclusive-dans-latelier-de-lartiste-urbain

[ii] https://www.lapresse.ca/arts/arts-visuels/201808/27/01-5194399-une-oeuvre-decortiquee-young-dali-de-stikki-peaches.php

Références Photos:
Figure 1. https://en.wikipedia.org/wiki/Saint_Catherine_(Caravaggio)#/media/File:Michelangelo_Caravaggio_060.jpg
Figure 2. https://en.wikipedia.org/wiki/The_Entombment_of_Christ_(Caravaggio)
Figure 3. https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Tricheurs_(Le_Caravage)
Figure 4. http://ogressedeparis.canalblog.com/archives/2012/01/30/23139175.html
Figure 5. https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_works_by_Artemisia_Gentileschi#/media/File:Gentileschi_judith1.jpg
Figure 6. https://www.nationalgallery.org.uk/server.iip?FIF=/fronts/N-4503-00-000023-WZ-PYR.tif&CNT=1&HEI=371&QLT=85&CVT=jpeg

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